Lovecraft est-il dans le domaine public ?
Œuvre de Lovecraft libre de droits en France depuis 2008, mais traductions protégées : ce que cela change pour les lecteurs, les créateurs de jeux et les cinéastes.
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Jeux de société, jeux vidéo, films, bandes dessinées, romans : Cthulhu est partout, et on entend souvent qu'il est « libre de droits ». C'est globalement vrai pour l'œuvre originale de Lovecraft… mais la réalité est plus nuancée qu'il n'y paraît. Entre le droit français, le droit américain et, surtout, les droits des traducteurs, voici l'essentiel à connaître avant de lire, de citer ou de créer.
En France : l'œuvre originale est libre depuis 2008
En droit français, comme dans l'ensemble de l'Union européenne, les droits patrimoniaux d'un auteur durent en principe 70 ans après sa mort, décomptés à partir du 1er janvier suivant le décès. Lovecraft étant mort le 15 mars 1937, ses textes originaux, en anglais, sont entrés dans le domaine public en France le 1er janvier 2008.
Concrètement, cela signifie que chacun peut, sans autorisation ni rémunération, reproduire et publier les textes anglais de Lovecraft, les traduire à nouveau, les adapter en bande dessinée, en jeu ou en film, et reprendre ses personnages, ses lieux et ses créatures. C'est ce qui explique la floraison de nouvelles traductions et d'adaptations depuis la fin des années 2000.
Attention toutefois : le droit moral (respect du nom de l'auteur et de l'intégrité de l'œuvre) est, en France, perpétuel. On peut adapter librement, mais pas s'approprier la paternité des textes de Lovecraft.
Aux États-Unis : une situation historiquement confuse
Le droit américain fonctionne différemment : pour les œuvres anciennes, la protection dépend de la date de publication et du respect de formalités (dépôt, renouvellement) aujourd'hui abolies. Pendant des décennies, Arkham House a revendiqué des droits sur l'œuvre de Lovecraft, mais de nombreux chercheurs ont montré que la plupart des renouvellements nécessaires n'avaient jamais été faits.
Résultat : la majorité des textes de Lovecraft sont généralement considérés comme appartenant au domaine public aux États-Unis, et les œuvres publiées jusqu'en 1930 inclus le sont de toute façon par le simple écoulement du temps (95 ans après publication). Le statut de certains textes tardifs ou posthumes a pu faire débat, ce qui justifie une vérification au cas par cas pour une exploitation américaine.
Le piège : les traductions françaises sont protégées
C'est le point que beaucoup oublient. Une traduction est une œuvre à part entière, protégée au profit de son traducteur pendant 70 ans après la mort de celui-ci. Or les traducteurs français de Lovecraft sont pour la plupart des auteurs du XXe ou du XXIe siècle, dont les droits courent encore.
- Vous ne pouvez pas republier, même gratuitement sur un site, une traduction française existante sans l'accord de l'éditeur.
- Vous pouvez en revanche citer de courts extraits dans le cadre du droit de citation (analyse, critique, enseignement), en indiquant l'auteur et la source.
- Si vous voulez utiliser de larges passages en français, la solution la plus sûre est de traduire vous-même le texte anglais original.
C'est aussi ce qui rend les éditions modernes intéressantes : les grandes intégrales françaises proposent des traductions récentes et soignées, souvent plus fidèles au style de Lovecraft que les versions historiques.
Intégrale Lovecraft, tome 1 : Les Contrées du rêve (Mnémos)
4.8/5Kadath, Ulthar, Céléphaïs : tout le cycle onirique de Lovecraft dans la traduction unifiée de David Camus, avec notes et cartes.
Œuvres de H. P. Lovecraft, tome 1 (Bouquins, Robert Laffont)
4.5/5L'omnibus historique dirigé par Francis Lacassin : les récits du Mythe, des textes de continuateurs et des écrits de Lovecraft sur l'art d'écrire.
L'Appel de Cthulhu (édition de poche)
4.4/5La nouvelle la plus célèbre de Lovecraft pour le prix d'un café-croissant : le moyen le plus simple de tester l'horreur cosmique.
Ce qui n'est pas dans le domaine public
Le domaine public de Lovecraft ne couvre que Lovecraft. Plusieurs éléments du « Mythe de Cthulhu » tel qu'on le connaît relèvent d'autres auteurs ou d'autres régimes juridiques :
- Les textes de ses successeurs. August Derleth, mort en 1971, et bien d'autres auteurs du Mythe restent protégés. Les entités qu'ils ont créées ou redéfinies sont à manier avec prudence (voir notre bestiaire des Grands Anciens pour savoir qui a inventé quoi).
- Les marques. Le droit des marques est indépendant du droit d'auteur. Le titre Call of Cthulhu est ainsi une marque de Chaosium pour son jeu de rôle, et d'autres éditeurs ont déposé des noms de gammes. On peut utiliser « Cthulhu » dans une œuvre, mais pas imiter la marque d'un produit existant.
- Les créations dérivées. Les illustrations, les designs de créatures, les règles rédigées d'un jeu ou les scénarios d'un film sont protégés au profit de leurs auteurs, même s'ils s'inspirent de Lovecraft.
Conséquences pour les jeux, les films et les créateurs
Ce statut juridique explique en grande partie l'omniprésence de Cthulhu dans la culture populaire. Un studio de jeu vidéo ou un éditeur de jeux de société peut bâtir un univers entier sur les créatures de Lovecraft sans payer de licence, ce qui a nourri une production considérable : de Horreur à Arkham à Cthulhu: Death May Die, en passant par d'innombrables jeux indépendants (voir notre top des jeux de société Cthulhu).
Le revers de la médaille, c'est la saturation : Cthulhu a été décliné à toutes les sauces, du plus inspiré au plus opportuniste. Pour les créateurs, le domaine public est donc une chance, mais pas un raccourci : l'originalité reste la seule vraie protection contre la banalisation.
Et pour le lecteur ?
Pour vous, lecteur, le domaine public a surtout une conséquence heureuse : l'offre n'a jamais été aussi riche. On trouve les textes anglais gratuitement en ligne, des éditions de poche à petit prix, des intégrales retraduites, des beaux livres illustrés et des adaptations en manga. Pour vous y retrouver, suivez notre ordre de lecture de Lovecraft, commencez par des nouvelles courtes comme Dagon, et si l'envie vous prend de jouer, le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu dispose d'un kit parfait pour débuter.
L'Appel de Cthulhu : Kit d'initiation
4.7/5Règles simplifiées, dés, personnages prêts à jouer et plusieurs scénarios, dont une aventure en solo : la porte d'entrée parfaite.
- Prix d'entrée doux pour tester le jeu
- Scénarios progressifs, dont un jouable en solo
- Personnages prétirés : on joue le soir même
- Règles allégées : il faudra le livre du Gardien pour la suite
- Rejouabilité limitée une fois les scénarios terminés
FAQ
Depuis quand Lovecraft est-il dans le domaine public en France ?
Depuis le 1er janvier 2008, soit 70 ans après l'année de sa mort (1937), pour ses textes originaux en anglais.
Puis-je publier une traduction française de Lovecraft sur mon site ?
Seulement si vous en êtes le traducteur ou si vous avez l'autorisation de l'ayant droit. Les traductions existantes sont protégées. Vous pouvez en revanche publier le texte anglais original ou votre propre traduction.
Puis-je créer un jeu avec Cthulhu ?
Oui, les créatures et l'univers de Lovecraft sont libres. Évitez simplement de reprendre des marques, des illustrations ou des textes d'autres créateurs, y compris ceux des auteurs du Mythe postérieurs à Lovecraft.
Les lettres de Lovecraft sont-elles aussi libres ?
En principe, ses écrits relèvent du même délai. Les éditions critiques de sa correspondance comportent toutefois des notes et des traductions protégées. En cas de doute, renseignez-vous auprès de l'éditeur.
Julien, Gardien de l'Antre
40 ans, lecteur de Lovecraft depuis mes 20 ans, rôliste depuis 10 ans. L'Appel de Cthulhu reste l'un de mes jeux de rôle préférés.
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