Les Profonds : les hybrides aquatiques d'Innsmouth
Qui sont les Profonds de Lovecraft ? Hommes-poissons immortels, Père Dagon et Mère Hydra, le « faciès d'Innsmouth », leur culte et leur place dans le JDR.
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Ils ont des yeux qui ne se ferment jamais, une peau grisâtre et luisante, et ils vivent sous le récif, au large d'une petite ville portuaire du Massachusetts. Les Profonds (Deep Ones en VO) sont peut-être la création la plus « charnelle » de Lovecraft : pas des dieux lointains, mais des voisins, des parents, et parfois… soi-même. Voici leur portrait, de Dagon à Innsmouth, en passant par le jeu de rôle.

Les Profonds en une phrase
Les Profonds sont une race d'êtres marins mi-poissons mi-batraciens, immortels, qui vénèrent Dagon, Hydra et Cthulhu et se reproduisent avec les humains, donnant naissance à des hybrides qui finissent par rejoindre la mer.
Apparence et nature
Lovecraft les décrit par la voix d'un narrateur en pleine fuite, ce qui rend l'image d'autant plus saisissante : des créatures qui sautillent et bondissent, tantôt debout, tantôt à quatre pattes, avec des têtes de poisson aux yeux globuleux, des mains palmées et des branchies palpitantes au cou. Il précise même leur couleur : « I think their predominant colour was a greyish-green, though they had white bellies. » Leurs voix sont des coassements et des aboiements qui imitent mal la parole humaine.
Deux traits les rendent uniques dans le bestiaire :
- L'immortalité : un Profond ne meurt pas de vieillesse. Seule la violence peut le tuer.
- L'hybridation : les enfants nés d'unions avec des humains paraissent d'abord normaux, puis prennent peu à peu le « faciès d'Innsmouth » (the Innsmouth look) : crâne étroit, peau rugueuse, yeux exorbités qui ne clignent plus. Arrivés au terme de la transformation, ils partent vivre sous les eaux.
Première apparition et textes clés
Dagon (1917), le prototype
Dans Dagon, l'un de ses premiers récits de maturité, Lovecraft met en scène un naufragé qui découvre un monolithe couvert de bas-reliefs figurant des êtres mi-hommes mi-poissons, puis voit surgir une créature gigantesque. Le mot « Profonds » n'y figure pas, mais toute l'iconographie est déjà là.
The Shadow over Innsmouth (1931), le texte fondateur
C'est dans cette longue nouvelle, écrite fin 1931, que les Profonds reçoivent leur nom et leur histoire. Publiée en 1936 sous forme de petit volume par la Visionary Publishing Company, c'est le seul livre de Lovecraft paru de son vivant. Le narrateur, un jeune homme passionné de généalogie, fait étape à Innsmouth, ville décrépite dont les habitants ont un air étrange. Le vieil ivrogne Zadok Allen lui raconte tout : le capitaine Obed Marsh, ses voyages dans les mers du Sud au XIXe siècle, le pacte conclu avec les êtres de la mer, l'or qu'ils apportent en échange de sacrifices et de mariages. Sous le récif du Diable se trouve leur cité, Y'ha-nthlei.
La nouvelle se termine sur une révélation que je ne vous gâcherai pas ici, sinon pour dire qu'elle transforme un récit de fuite en vertige identitaire. Pour situer ces textes dans l'œuvre, consultez notre ordre de lecture de Lovecraft.
L'Ombre sur Innsmouth illustré par François Baranger (Bragelonne)
4.7/5La ville portuaire décrépite, ses habitants au « faciès d'Innsmouth » et Dagon en toile de fond : une descente iodée dans l'horreur.
- Architecture et brume magnifiquement peintes
- Un des récits les plus haletants de Lovecraft
- Excellent pour compléter la série
- À réserver aux collectionneurs si l'on a déjà le texte
Culte et adorateurs : l'Ordre ésotérique de Dagon
À Innsmouth, les églises ont été remplacées par l'Ordre ésotérique de Dagon, installé dans l'ancien temple maçonnique. Les Profonds y sont servis par leurs descendants et par les humains qui ont accepté le marché. Leur panthéon est clair : Père Dagon et Mère Hydra, deux Profonds devenus gigantesques avec les millénaires, règnent sur l'espèce, et tous rendent hommage à Cthulhu, qui dort dans sa cité engloutie de R'lyeh. Lovecraft tisse ainsi un lien direct avec L'Appel de Cthulhu : sur ce point, voir notre portrait de Cthulhu.
Ce qui vient de Lovecraft, et ce qui a été ajouté
- Lovecraft : le nom de Profonds, l'immortalité, l'hybridation, le faciès d'Innsmouth, Y'ha-nthlei, Dagon et Hydra, l'Ordre ésotérique, le lien avec Cthulhu.
- August Derleth : il reprend les Profonds dans plusieurs récits (notamment The Seal of R'lyeh) et les intègre à sa vision d'une lutte entre Grands Anciens maléfiques et forces du bien, en les rangeant du côté de l'élément eau. Une lecture plus manichéenne que celle de Lovecraft (voir notre article sur les Grands Anciens).
- Chaosium et les continuateurs : des colonies de Profonds dans tous les océans, des caractéristiques chiffrées et des « stades » d'hybridation qui permettent au Gardien de doser la transformation d'un personnage.
Les Profonds dans le JDR L'Appel de Cthulhu
Les Profonds sont l'une des créatures les plus jouées de L'Appel de Cthulhu, et pour cause : ils sont assez humains pour infiltrer une ville entière, assez nombreux pour submerger des investigateurs, et assez mortels pour qu'on puisse les combattre. Chaosium leur a consacré un supplément entier, Escape from Innsmouth (1992), qui décrit la ville en détail et la fameuse descente fédérale de l'hiver 1927-1928 évoquée dans la nouvelle.
Mon conseil de Gardien : jouez sur la famille. Un investigateur qui découvre qu'une arrière-grand-mère venait d'Innsmouth vous donnera plus de matière qu'une horde de monstres sur une plage.
L'Appel de Cthulhu : Kit d'initiation
4.7/5Règles simplifiées, dés, personnages prêts à jouer et plusieurs scénarios, dont une aventure en solo : la porte d'entrée parfaite.
- Prix d'entrée doux pour tester le jeu
- Scénarios progressifs, dont un jouable en solo
- Personnages prétirés : on joue le soir même
- Règles allégées : il faudra le livre du Gardien pour la suite
- Rejouabilité limitée une fois les scénarios terminés
Les Profonds dans la pop culture
- Au cinéma : Dagon de Stuart Gordon (2001) transpose l'intrigue d'Innsmouth dans un village de pêcheurs galicien.
- En jeu vidéo : Call of Cthulhu: Dark Corners of the Earth (2005) offre sans doute l'adaptation la plus fidèle et la plus étouffante de la fuite hors d'Innsmouth.
- En livre illustré : François Baranger a donné à la ville et à ses habitants une présence visuelle impressionnante.
Plus largement, l'image de l'homme-poisson aux yeux vides est devenue un réflexe de l'horreur maritime, bien au-delà du seul Mythe.
Intégrale Lovecraft, tome 4 : Le Cycle de Providence (Mnémos)
4.8/5Arkham, Dunwich, Innsmouth, Kingsport : toute la Nouvelle-Angleterre maudite de Lovecraft réunie en un volume.
- Les lieux mythiques du « Lovecraft Country »
- Parfait complément du tome 2
- Même soin éditorial que le reste de la collection
- À lire après les tomes 1 et 2 pour en profiter pleinement
FAQ
Qui sont les Profonds chez Lovecraft ?
Une race d'êtres marins immortels, mi-poissons mi-batraciens, qui vénèrent Dagon, Hydra et Cthulhu. Ils apparaissent sous ce nom dans The Shadow over Innsmouth (1931).
Qu'est-ce que le « faciès d'Innsmouth » ?
Les signes physiques qui trahissent un sang de Profond : yeux saillants qui ne clignent pas, peau rugueuse, cou marqué de plis. Il s'accentue avec l'âge jusqu'à la transformation complète.
Dagon est-il un Profond ?
Chez Lovecraft, Père Dagon et Mère Hydra sont des Profonds devenus gigantesques avec le temps et qui règnent sur leur peuple. Ce ne sont pas des Grands Anciens au sens strict.
Les Profonds peuvent-ils mourir ?
Ils ne meurent pas de vieillesse, mais on peut les tuer. Dans la nouvelle, le gouvernement américain fait même torpiller le récif du Diable.
Julien, Gardien de l'Antre
40 ans, lecteur de Lovecraft depuis mes 20 ans, rôliste depuis 10 ans. L'Appel de Cthulhu reste l'un de mes jeux de rôle préférés.
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