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Azathoth : texte intégral, résumé et analyse

Lisez Azathoth de Lovecraft en entier dans une traduction française inédite, puis le résumé, l'analyse et le contexte de la nouvelle.

1922AnnéeAzathothTitre originalFragment de romanFormeLeaves, 1938 (posthume)Première publicationCycle du RêveCycle≈ 500 motsLongueur3 minTemps de lectureInédite, par JulienTraduction
Commencer la lecturePar Julien · publié le 13 janvier 2025 · mis à jour le 24 septembre 2026 · 7 min de lecture

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Il porte le nom du plus terrible des dieux lovecraftiens, et pourtant ce dieu n'y apparaît pas. Azathoth est un fragment d'environ cinq cents mots, l'ouverture d'un roman que Lovecraft n'a jamais poursuivi. Un texte bref, rêveur, presque tendre, qui éclaire la genèse de l'une des figures majeures du mythe.

Azathoth vu de face et de profil
Azathoth, vu de face et de profil. Illustration d'après les descriptions de Lovecraft.

Azathoth : le fragment intégral

Traduction française inédite de Julien pour L'Antre de Cthulhu, d'après le texte original anglais, dans le domaine public. Le résumé et l'analyse suivent le texte.

Lorsque la vieillesse tomba sur le monde, et que l’émerveillement quitta l’esprit des hommes ; lorsque les cités grises dressèrent vers des cieux enfumés de hautes tours sinistres et laides, à l’ombre desquelles nul ne pouvait plus rêver du soleil ni des prairies fleuries du printemps ; lorsque le savoir eut dépouillé la terre de son manteau de beauté, et que les poètes ne chantèrent plus que des fantômes contrefaits, aperçus par des yeux troubles et tournés au-dedans ; lorsque ces choses furent advenues, et que les espérances enfantines s’en furent allées pour toujours, il y eut un homme qui voyagea hors de la vie, en quête des espaces où s’étaient enfuis les rêves du monde.

Du nom et de la demeure de cet homme, il n’est guère écrit, car ils n’appartenaient qu’au monde de la veille ; on dit pourtant que l’un et l’autre étaient obscurs. Il suffit de savoir qu’il habitait une cité aux hauts murs où régnait un crépuscule stérile, et qu’il peinait tout le jour parmi l’ombre et le tumulte, rentrant le soir dans une chambre dont l’unique fenêtre ne s’ouvrait pas sur les champs et les bosquets, mais sur une cour terne où d’autres fenêtres vous regardaient fixement, dans un morne désespoir. De cette croisée, on ne pouvait voir que des murs et des fenêtres — sauf parfois, en se penchant très au-dehors, pour scruter là-haut les petites étoiles qui passaient. Et parce que de simples murs et de simples fenêtres doivent bien vite mener à la folie un homme qui rêve et qui lit beaucoup, l’habitant de cette chambre prit l’habitude, nuit après nuit, de se pencher au-dehors et de scruter le ciel pour entrevoir quelque fragment des choses situées par-delà le monde de la veille et la grisaille des hautes cités. Après des années, il commença d’appeler par leur nom les étoiles à la navigation lente, et de les suivre en imagination lorsqu’elles glissaient hors de vue à regret ; jusqu’à ce qu’enfin sa vision s’ouvrît à maintes perspectives secrètes dont nul œil ordinaire ne soupçonne l’existence. Et une nuit, un puissant gouffre fut franchi, et les cieux hantés de rêves descendirent en foule jusqu’à la fenêtre du veilleur solitaire, pour se mêler à l’air confiné de sa chambre et le faire participer de leur fabuleuse merveille.

Il vint dans cette chambre des torrents déchaînés de minuit violet, scintillants de poussière d’or ; des tourbillons de poussière et de feu, jaillis des espaces ultimes, et de lourds parfums venus d’au-delà des mondes. Des océans d’opium s’y déversèrent, éclairés par des soleils que l’œil ne saurait jamais contempler, et portant dans leurs remous d’étranges dauphins et des nymphes marines issues de profondeurs qu’on ne peut se rappeler. L’infini silencieux tournoya autour du rêveur et l’emporta au loin sans même toucher le corps qui se penchait, raidi, à la fenêtre solitaire ; et durant des jours que ne comptent pas les calendriers des hommes, les marées des sphères lointaines le portèrent doucement vers les rêves auxquels il aspirait : les rêves que les hommes ont perdus. Et au terme de bien des cycles, elles le déposèrent tendrement, endormi, sur un rivage vert baigné d’aurore ; un rivage vert, parfumé de fleurs de lotus et constellé de camalotes rouges…

Texte original anglais de H. P. Lovecraft (fragment de 1922, publié dans Leaves en 1938), aujourd’hui dans le domaine public. Traduction française inédite réalisée par Julien pour L’Antre de Cthulhu.

Résumé d'Azathoth

Attention, spoilers. Le fragment est court : le résumé en dévoile l'essentiel.

Le monde a vieilli, et l'émerveillement a quitté l'esprit des hommes. Les villes grises ont chassé les rêves ; la science a éteint la poésie. Dans l'une de ces cités, un homme sans nom vit dans une chambre dont l'unique fenêtre donne sur une cour sombre. Chaque nuit, il se penche pour apercevoir un coin de ciel étoilé.

À force de contempler, il finit par entrer en contact avec les rêves qui s'étaient enfuis de la Terre. Une nuit, les brumes du ciel pénètrent dans sa chambre et l'emportent loin, par-delà les mondes, vers des mers et des rivages merveilleux. Le fragment s'arrête là, au seuil d'un voyage que Lovecraft n'a jamais raconté.

Analyse et thèmes

La nostalgie d'un monde enchanté

Le début du fragment est une charge contre la modernité : le « désenchantement du monde » y est décrit avec une mélancolie presque romantique. Lovecraft, pourtant rationaliste convaincu, regrette un univers où le merveilleux avait encore sa place. Le rêve devient le seul refuge.

Un « conte oriental » à la Beckford

Lovecraft voulait écrire un roman dans le goût de Vathek, le conte oriental de William Beckford (1786), qu'il venait de redécouvrir. Le style ample, les images de voyage merveilleux et l'ambiance des Mille et Une Nuits vont dans ce sens.

Le dieu absent

Le titre suggère que le voyage du rêveur devait le conduire jusqu'au trône d'Azathoth, au centre du chaos. Ce que le texte ne dit pas nourrit l'imagination : on devine un parcours initiatique qui aurait mal fini.

La place d'Azathoth dans l'œuvre

Le projet abandonné n'a pas été perdu pour tout le monde. L'idée d'un rêveur partant à la conquête des mondes oniriques sera reprise dans À la recherche de Kadath (1926-1927). Quant au dieu, il y est décrit comme le « sultan des démons », trônant aveugle et idiot au centre de l'infini, bercé par des flûtes, image déjà esquissée à la fin de Nyarlathotep. Azathoth reviendra dans Celui qui chuchotait dans les ténèbres et La Maison de la sorcière, avant de devenir l'une des pièces maîtresses du panthéon des Grands Anciens et Dieux extérieurs. Le Necronomicon fictif, lui, est censé en parler à mots couverts.

Contexte d'écriture et de publication

Lovecraft écrit ce fragment en juin 1922. Il l'évoque dans sa correspondance comme le début d'un roman, puis l'abandonne. Le texte ne paraîtra qu'après sa mort, en 1938, dans Leaves, une revue amateur publiée par son ami R. H. Barlow, qui fut aussi son exécuteur littéraire.

Anecdotes

  • Le nom « Azathoth » figurait déjà dans le carnet de notes de Lovecraft, qui le qualifiait lui-même de nom hideux : il l'avait gardé en réserve.
  • Certains ont rapproché ce nom d'Azoth, terme alchimique, ou du Thoth égyptien ; Lovecraft ne s'en est jamais expliqué.
  • Dans le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu, Azathoth est l'une des entités les plus redoutables qu'un investigateur puisse croiser.

Où lire ce texte

Azathoth figure dans les éditions intégrales françaises, généralement parmi les fragments et les textes courts. En anglais, le fragment original se lit en trois minutes.

Meilleur rapport pages/prix

Œuvres de H. P. Lovecraft, tome 1 (Bouquins, Robert Laffont)

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Si vous avez aimé Azathoth

Questions fréquentes

Azathoth apparaît-il dans ce texte ?

Non. Le dieu ne figure que dans le titre : le fragment s'interrompt avant que le rêveur n'atteigne sa destination.

Pourquoi Lovecraft n'a-t-il pas fini ce roman ?

Il ne s'en est pas vraiment expliqué. Il a probablement jugé le projet trop ambitieux ou trop imitatif, et en a recyclé l'idée dans À la recherche de Kadath.

Qui est Azathoth dans le mythe ?

Le « dieu aveugle et idiot » qui trône au centre de l'univers, entouré de musiciens et servi par Nyarlathotep. Il incarne le chaos absolu, dépourvu de conscience.

Julien, Gardien de l'Antre

40 ans, lecteur de Lovecraft depuis mes 20 ans, rôliste depuis 10 ans. L'Appel de Cthulhu reste l'un de mes jeux de rôle préférés.

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