Le Necronomicon : histoire du grimoire inventé par Lovecraft
Abdul Alhazred, Al Azif, chronologie imaginaire, faux grimoires comme le Simon Necronomicon : toute l'histoire du livre maudit inventé par Lovecraft.
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Des bibliothécaires ont reçu des demandes de prêt, des libraires l'ont inscrit dans leurs catalogues pour plaisanter, et des lecteurs sont persuadés qu'une copie dort dans les réserves du Vatican. Le Necronomicon est sans doute le livre imaginaire le plus célèbre au monde. Lovecraft l'a inventé de toutes pièces, mais il l'a fait avec une telle habileté que le grimoire a fini par échapper à son créateur. Voici son histoire, la vraie comme la fausse.
Un livre né dans les nouvelles de Lovecraft
Le nom du Necronomicon apparaît pour la première fois dans The Hound (Le Molosse), nouvelle écrite en 1922 et publiée dans Weird Tales en 1924. Son auteur, le « poète fou » Abdul Alhazred, avait été mentionné un peu plus tôt, dans The Nameless City (1921). Le livre revient ensuite dans une bonne partie de l'œuvre : The Dunwich Horror en cite un long passage, At the Mountains of Madness et The Call of Cthulhu y font allusion, et il trône dans la bibliothèque de l'université Miskatonic d'Arkham.
La force du procédé tient à la retenue : Lovecraft n'en cite que de brefs extraits, allusifs et inquiétants. Le lecteur n'en voit jamais assez pour être déçu, et son imagination fait le reste.
Abdul Alhazred et « Al Azif »
Le nom d'Abdul Alhazred est un souvenir d'enfance : Lovecraft racontait se l'être choisi vers l'âge de cinq ans, passionné par Les Mille et Une Nuits. Adulte, il en fait un poète de Sanaa, au Yémen, qui aurait erré dans les ruines de Babylone, les souterrains de Memphis et le grand désert d'Arabie avant de s'installer à Damas.
C'est là qu'il aurait écrit, vers 730, un ouvrage intitulé Al Azif. Lovecraft explique que le mot désignait le bruit nocturne des insectes, que les Arabes prenaient pour le hurlement des démons. Quant au titre grec de Necronomicon, il le glosait lui-même dans une lettre comme « l'image (ou le tableau) de la loi des morts », tout en reconnaissant que le mot lui était venu en rêve. Les hellénistes font remarquer que la construction est approximative, ce qui n'a jamais nui à son pouvoir d'évocation.
Une chronologie inventée de toutes pièces
En 1927, Lovecraft rédige un court texte, History of the Necronomicon, pour garder la cohérence entre ses récits. Publié en 1938 après sa mort, il retrace le parcours du livre avec un sérieux de bibliographe :
- Vers 730 : Alhazred écrit Al Azif à Damas. Il meurt en 738, dévoré en plein jour par une créature invisible, selon son biographe fictif.
- 950 : Théodore Philétas de Constantinople traduit l'ouvrage en grec sous le titre Necronomicon.
- 1050 : le patriarche Michel fait brûler les exemplaires.
- 1228 : Olaus Wormius en donne une traduction latine.
- 1232 : le pape Grégoire IX interdit les versions latine et grecque.
- XVe-XVIIe siècles : éditions imprimées en Allemagne et en Italie, traduction espagnole, et une version anglaise incomplète attribuée au mage élisabéthain John Dee.
Lovecraft précise même où trouver les rares exemplaires : la bibliothèque Widener de Harvard, le British Museum, la Bibliothèque nationale à Paris, l'université de Buenos Aires et, bien sûr, la Miskatonic.
Le Grimoire du Necronomicon, de Donald Tyson (Bragelonne)
4.3/5Un « vrai faux » grimoire des Grands Anciens : rituels, invocations et système magique inspirés du livre maudit d'Abdul Alhazred.
- Objet parfait pour les fans et les meneurs de JDR
- Très riche en références au Mythe
- Belle édition cartonnée
- Œuvre moderne, pas un texte de Lovecraft
- Approche ésotérique qui ne plaira pas à tous
Un jeu collectif entre écrivains
Lovecraft ne gardait pas son grimoire pour lui. Il encourageait ses amis à le citer, et leur empruntait en retour leurs propres livres interdits : le Livre d'Eibon de Clark Ashton Smith, les Unaussprechlichen Kulten de Robert E. Howard, les Mystères du Ver de Robert Bloch. Ce réseau de références croisées donnait l'illusion d'une bibliothèque occulte bien réelle, attestée par plusieurs auteurs indépendants. Ce procédé est l'une des clés du succès du Mythe de Cthulhu : la cohérence vient de la répétition.
Les faux Necronomicon
La demande était telle que des éditeurs ont fini par la satisfaire. Aucun de ces livres n'est « le vrai », puisqu'il n'y en a pas, mais certains ont semé le trouble.
Le « Simon Necronomicon » (1977)
C'est le plus célèbre. Publié à New York en 1977, puis largement diffusé en poche à partir de 1980, il est présenté par un mystérieux « Simon » comme la traduction d'un manuscrit authentique. Son contenu mélange en réalité mythologie mésopotamienne, magie cérémonielle et noms lovecraftiens. Il est considéré par les spécialistes comme une mystification, ce qui ne l'a pas empêché de se vendre à des centaines de milliers d'exemplaires.
Le Necronomicon de George Hay (1978)
Plus assumé dans le jeu, ce volume réunit notamment l'écrivain Colin Wilson autour d'un prétendu décryptage du manuscrit de John Dee. Une plaisanterie savante, écrite avec un sérieux délicieux.
Les éditions artistiques
D'autres ouvrages jouent franchement la carte de l'objet : le recueil de peintures Necronomicon de H. R. Giger (1977), qui influencera le design d'Alien, ou les nombreux grimoires illustrés publiés depuis, qui compilent les extraits lovecraftiens et les enluminent. Ce sont d'excellents cadeaux pour un amateur, à condition de ne pas s'attendre à invoquer quoi que ce soit.
Le Necronomicon dans la pop culture
Le grimoire a colonisé tous les médias. Le plus connu reste la trilogie Evil Dead de Sam Raimi, où un « livre des morts » relié de peau humaine réveille des démons dans une cabane au fond des bois. On le croise aussi dans des jeux vidéo, des séries, des comics, des albums de metal et, évidemment, dans le jeu de rôle L'Appel de Cthulhu, où sa lecture coûte cher en Santé Mentale (voir notre article sur la folie dans le JDR). Pour les joueurs de plateau, les jeux de société Cthulhu en font souvent un objet de quête.
Intégrale Lovecraft, tome 1 : Les Contrées du rêve (Mnémos)
4.8/5Kadath, Ulthar, Céléphaïs : tout le cycle onirique de Lovecraft dans la traduction unifiée de David Camus, avec notes et cartes.
Cthulhu Dark Arts Tarot (Mike Hodges & Abigail Larson)
4.7/5Un vrai tarot de 78 cartes où le Mythe de Lovecraft remplace l'imagerie classique, porté par le trait gothique et élégant d'Abigail Larson.
Pour lire les nouvelles où il apparaît, suivez notre ordre de lecture de Lovecraft. Et pour offrir un grimoire (inoffensif) à un initié, rendez-vous dans le guide cadeaux Cthulhu.
FAQ
Le Necronomicon existe-t-il vraiment ?
Non. C'est une invention littéraire de Lovecraft. Les livres vendus sous ce titre sont des œuvres modernes : pastiches, canulars ou beaux livres illustrés.
Qui a écrit le Necronomicon ?
Dans la fiction, le poète yéménite Abdul Alhazred, vers 730. Dans la réalité, il n'a jamais été écrit : Lovecraft n'en a rédigé que quelques citations éparses dans ses nouvelles.
Que veut dire « Necronomicon » ?
Lovecraft le traduisait par « l'image de la loi des morts », à partir des mots grecs signifiant « mort », « loi » et « image ». Le titre arabe fictif, Al Azif, évoquerait le bruit nocturne des insectes.
Le Simon Necronomicon est-il authentique ?
Non. Il s'agit d'un ouvrage publié en 1977, qui mêle mythologie mésopotamienne et références à Lovecraft. Il n'a aucun lien avec un manuscrit ancien.
Julien, Gardien de l'Antre
40 ans, lecteur de Lovecraft depuis mes 20 ans, rôliste depuis 10 ans. L'Appel de Cthulhu reste l'un de mes jeux de rôle préférés.
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